Léonard de
Vinci fait partie de ces figures dont l'universalité du génie
dépasse l'entendement. Il faut reconnaître qu'il n'y a guère qu'à
cette époque qu'il est humainement possible de rassembler chez un
seul individu autant d'aptitudes diverses, et ce au plus haut
niveau. Aujourd'hui, la diversité des techniques et l'étendue des
connaissances sont telles qu'un tel phénomène est inconcevable. De
Vinci fut peintre à l'origine, mais il se révéla aussi grand savant
que grand artiste, il entrevit les lois de la mécanique, et
anticipa les voies de la science actuelle sur la géologie, la
botanique, le vol des avions, la marche des sous-marins. Ce
personnage suscite de l'admiration, mais aussi des reproches, et sa
personnalité est telle qu'elle se trouve de bonne heure colorée par
la légende. Léonard de Vinci naquit en Toscane en 1452, dans le
petit bourg dont il porte le nom, non loin de Florence. Il était le
fils illégitime d'un notaire ser Piero, et d'une paysanne,
Caterina. Léonard reçu une éducation soignée, notamment en
grammaire et calcul, avant d'aller en 1467 à Florence dans
l'atelier de Verrochio, où il acquit une formation
pluridisciplinaire (peinture, sculpture, travaux de décoration).
C'est de cette époque que datent ses premières toiles, comme par
exemple « l'Adoration des Mages ».A la fin de 1481, Léonard quitta
Florence pour Milan, où il était attiré par le projet de participer
à un monument équestre géant du duc Sforza, dit « Il Cavallo »
.
Il resta à Milan jusqu'en 1499 ; il y régnait un climat favorable
où tous ses dons pouvaient s'épanouir. C'est de cette époque que
date la célèbre « Vierge aux rochers », conservée au musée du
Louvre, qui était une commande de la confrérie de l'Immaculée
Conception à San Francesco Grande. Il se consacra, de manière
parallèle, à une somme impressionnante d'activités diverses :
divers projets architecturaux pour la cathédrale de Milan et celle
de Pavie, décors de théâtre à scène tournante, conception de
costumes pour des fêtes et des tournois, études d'urbanisme,
d'hydraulique pour les canaux de Milan, observations géologiques...
Il assistait de manière régulière à des réunions de mathématiciens,
et, dans le même temps, mettait en place les prémices d'un « Traité
de la peinture ».
Léonard De
Vinci revêtait un caractère spirituel et
mystique
notamment à travers son auto-portrait en sanguine (1510-1513
Bibliothèque de Turin).
Léonard devint peu
à peu célèbre dans tout l'occident, et, en 1500, il se rendit à
Mantoue à la demande d'Isabelle d'Este pour lui faire son portrait.
Elle tenta en vain d'obtenir de lui d'autres oeuvres. A partir de
1506, il partagea son temps entre Milan où il fut au service des
Français (plus spécialement de Charles d'Amboise), et Florence.
C'est à Florence qu'il peignit « Mona Lisa » et la grande
composition de « La Bataille d'Anghiari », jamais achevée. Léonard
quitta définitivement Milan en 1513 lorsque la cité fut reprise par
la coalition antifrançaise. Il fit ensuite un bref séjour à Rome au
service de Giuliano de Medicis, frère de Léon X, mais il y supporta
mal la concurrence de Raphaël et Michel-Ange, et accepta en 1516
l'invitation de François 1er, vainqueur à Marignan et arbitre de
l'Italie. Il résida ensuite définitivement en France, à Amboise (au
Clos Lucé précisément), où il fut nommé « premier peintre,
ingénieur et architecte du roi ». A sa mort, en 1519, il légua
l'ensemble de ses notes techniques à Francesco Melzi, son élève et
compagnon fidèle, afin qu'elles fussent publiées et rendues utiles
au plus grand nombre. Hélas, ceci ne fut réalisé que quatre siècles
plus tard, et l'héritage intellectuel de Léonard est ainsi resté
dans l'ombre pendant longtemps.
Le nombre d'oeuvres (fresques ou toiles) attribuées à Léonard de
Vinci ne sont finalement pas si nombreuses, et parmi celles dont
l'origine est formellement reconnue (une quinzaine au total),
certaines ont vu leurs couleurs abîmées par le temps, et d'autres
encore sont inachevées. Ses principales oeuvres sont « la Cène »,
fresque d'un couvent de Milan, et quelques tableaux comme « La
Vierge aux rochers », « La Vierge, Saint Anne et l'enfant Jésus »,
le fameux portrait connu sous le nom de la « Joconde ». Dans toutes
ces compositions, la figure humaine constitue le motif
central.
Léonard De Vinci éleva au plus haut deux techniques picturales,
qui, aux alentours de 1500, ont radicalement changé l'art de
peindre. La première d'entre elles est le souci constant et de la
composition géométrique à la fois gracieuse et scrupuleusement
étudiée. La structure pyramidale, apparue avec « La Vierge aux
Rocher », en est un exemple marquant. La deuxième technique dont
Léonard de Vinci fut le maître est l'art dit du « clair-obscur »
(ou « sfumato ») qui permet, par le jeu subtil des ombres et des
lumières, baigner le sujet dans une atmosphère à la fois
harmonieuse et mystérieuse.
L'oeuvre artistique de Léonard de Vinci s'enrichit également d'une
somme impressionnante de dessins, croquis, esquisses, qui, bien
davantage que les peintures, sont la vitrine des recherches
inépuisables que leur auteur multipliait. On trouve ainsi des
représentations très soignées d'instruments et de mécanismes, des
croquis de scènes fantastiques, la célèbre « série des cataclysmes
», des visages, des figures, exprimant tantôt la suavité, tantôt la
tourmente, l'élégance ou l'horreur. Cette extraordinaire maîtrise
de l'outil graphique explique comment Léonard de Vinci a pu
s'aventurer si avant dans l'exploration de bien d'autres domaines
ou techniques que la peinture. L'analyse scientifique du réel, la
réflexion avant l'expérimentation sont les principes de base de la
démarche de Vinci, qu'il manifesta aussi bien dans les arts que
dans les sciences.
Plus qu'en tant que scientifique proprement dit, Léonard de Vinci a
impressionné ses contemporains et les générations suivantes par son
approche méthodique du savoir, du savoir apprendre, du savoir
observer, du savoir analyser. La démarche qu'il déploya dans
l'ensemble des activités qu'il abordait, aussi bien en art qu'en
technique (les deux ne se distinguant d'ailleurs pas dans son
esprit), procédait d'une accumulation préalable d'observations
détaillées, de savoirs disséminés ça et là, qui tendait vers un
surpassement de ce qui existait déjà, avec la perfection pour
objectif. Bon nombre des croquis, notes et traités de Léonard de
Vinci ne sont pas à proprement parler des trouvailles originales,
mais sont le résultat de recherches effectuées dans un souci
encyclopédique, avant l'heure.
Après la révélation des écrits de Léonard en 1882, il devint
habituel de l'ériger en précurseur en bien des domaines. En
physique et en astronomie, il traça les voies sur lesquelles
s'engageront Copernic, Kepler, et Galilée pour l'étude de la
gravitation, du scintillement des étoiles, et du mouvement. Il
pressentit les lois de la mécanique des fluides ainsi que, en
chimie, celles de la combustion et de la respiration. Au total, un
grand nombre des découvertes de la science moderne sont anticipées
dans les notes de Léonard, sous une forme balbutiante. Quant aux
mathématiques, cette discipline revêtait un caractère particulier
chez Léonard puisqu'elle était le ferment de toutes les
autres.
Le recours insistant aux procédés mathématiques était une garantie
de rationalité et l'unique moyen de s'assurer des principes stables
dans les deux domaines de prédilection où Léonard entendit se «
réaliser », la peinture et la mécanique. En mécanique, précisément,
Léonard s'illustra en inventant un certain nombre de machines dont
le principe est toujours en usage (notamment dans l'industrie
textile). Des profusions de moulins, pompes, scies, marteaux
mécaniques, appareils de transmission, horloges, sont analysées et
remontées avec le détail de leurs organes dans d'admirables
dessins.
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